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Saint Dominique homme de Miséricorde
Mgr Albert-Marie de Monléon, o.p.
Saint Dominique, homme miséricordieux, est le fondateur de l'Ordre des Dominicains, l’Ordre des prêcheurs. Il est 'entré dans la Vie', le 6 août 1221, à Bologne.
Chant : Hymne à saint Dominique
« Dominique fut un homme humble, doux, patient, bienveillant, pacifique, tranquille, modeste, pieux, plein de maturité dans ses actes et dans ses paroles, consolateur de tous, et surtout de ses frères. Il était joyeux, affable, patient, miséricordieux, bienveillant », nous rapporte un témoin, frère Amizo, prieur de Padoue, lors du procès de canonisation1. Il était particulièrement ardent à veiller, à prier et à supplier de toutes les manières pour les misères et les souffrances des hommes.
La compassion de saint Dominique pour toutes détresse
Les contemporains de saint Dominique et ceux qui ont partagé sa vie attestent avec insistance combien il était homme de compassion et de miséricorde. Il n'y avait aucune misère humaine, qu'elle soit physique ou morale, matérielle ou spirituelle, qui ne suscitât en lui une profonde compassion, parfois jusqu'aux larmes. Nous le savons, par les nombreux témoins, lors des dépositions sous la foi du serment pour son procès de canonisation, tant à Toulouse qu'à Bologne, et notamment par le bienheureux Jourdain de Saxe son premier biographe et son successeur à la tête de l'Ordre des Prêcheurs. Il écrit : « Il y avait en lui une très ferme égalité d'âme, sauf quand quelque misère en le troublant l'invitait à la compassion et à la miséricorde2 ».
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La compassion, parfois héroïque, de saint Dominique, se manifeste très tôt dans sa vie. Il est encore étudiant à Palencia qu'une grande famine s'étendit sur presque toute l'Espagne. Pour soulager la misère des pauvres qui mouraient, Dominique vendit tous ses livres, qui étaient alors des parchemins et avaient une grande valeur non seulement vénale, mais intellectuelle, d'autant qu'ils étaient annotés de sa main. « Les pauvres mouraient de faim en grand nombre », nous rapporte frère Étienne, Provincial de Lombardie, dans sa déposition3. « Tout ému de compassion et de miséricorde, frère Dominique vendit ses livres annotés de sa main et en donna le prix aux pauvres, ainsi que d'autres objets qu'il possédait. ‘Je ne veux pas, disait-il, étudier sur des peaux mortes, tandis que des hommes meurent de faim’. 4 » En d'autres circonstances, Dominique alla jusqu'à vouloir se vendre pour racheter un homme captif des Sarrasins.
« La compassion devint le trait dominant de sa personnalité : 'ému de compassion', blessé de compassion', 'mû par la compassion', ces expressions reviennent sans cesse sous la plume de Jourdain de Saxe. Elles signifient que Dominique vit la compassion à tous les niveaux de son être, dans son corps, dans son esprit, dans son cœur, et c'est pour lui source d'initiatives, de créations5 »
Un trait particulier de la miséricorde de saint Dominique était celle pour ses frères, il aimait beaucoup vivre en leur compagnie, les exhorter, subvenir à leurs besoins, les consoler dans l'épreuve, en particulier : « Il était le vrai père et le consolateur des frères malades et de ceux qui étaient dans la peine6 ». « Si des frères, soit de son ordre, soit d'un autre, sous le coup d'une tentation ou d'un trouble, allaient lui parler, il savait si bien les exhorter que presque tous s'en allaient grandement consolés 7».
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La prière de Dominique pour les pécheurs
La miséricorde de saint Dominique pour toute détresse humaine est encore plus vive pour la misère du péché et de l'ignorance ou de l'erreur. Sa miséricorde se manifeste au plus haut point dans sa prière et ses supplications pour les pécheurs.
Comme en témoigne le bienheureux Jourdain, « Dieu lui avait donné une grâce spéciale de prière envers les pécheurs, les pauvres, les affligés : il en portait les malheurs dans le sanctuaire intime de sa compassion »8. Beaucoup de ses frères furent témoins, dans ses longues nuits de prière auprès du Père des miséricordes, de ses cris et de ses larmes pour les pécheurs : « Mon Dieu, ma Miséricorde, que vont devenir les pécheurs ! »
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On peut dire que c'est du cœur de la miséricorde de saint Dominique pour les pécheurs qu'est né l'Ordre dominicain9. Si l'on peut attribuer la compassion de Dominique pour toutes les détresses humaines à une particulière sensibilité et noblesse d'âme, sa miséricorde pour les pécheurs, en revanche, ne s'explique que par une acuité spirituelle particulièrement profonde.
En effet, le sens du péché et de sa gravité, comme offense à Dieu et comme misère de l'homme, ne peut venir que d'une contemplation intense du mystère du Salut, c'est-à-dire de la Croix du Christ. Fra Angelico, fils de saint Dominique, a particulièrement saisi cette intensité du regard de Dominique devant le Christ en Croix, mort pour nos péchés et le salut des hommes, c'est-à-dire pour leur vie éternelle et le respect de la sainteté infinie de Dieu.
La pureté du regard de saint Dominique qui tend vers la sainteté et sa transparence à Dieu s'expliquent, me semble-t-il, par deux raisons : tout d'abord, par l'extraordinaire pureté de vie de saint Dominique, qui a tellement marqué ses contemporains et, en second lieu, par sa pauvreté radicale et joyeuse. Saint Dominique vivait ce dépouillement dans une grande et aimante dépendance à l'action de Dieu et à sa Providence ; il y puisait, en même temps, une grande liberté, si notable dans son comportement.
Ainsi, la miséricorde de Dominique ne s'explique pas seulement par une grande sensibilité et un équilibre humain particulièrement notable, mais par cette grande transparence à la splendeur de Dieu et cette conscience de la gravité du Salut dans l'humilité, la pureté, la pauvreté.
Un autre trait de saint Dominique, lié d'ailleurs à sa pauvreté, était sa joie. Sœur Cécile, la moniale qui a bien connu saint Dominique, nous rapporte : « Il était toujours souriant et joyeux, à moins qu'il ne fût ému de compassion par quelque affliction du prochain » . « Par cette joie, il acquérait facilement l'amour de tout le monde » , écrit le Bienheureux Jourdain de Saxe, son premier successeur à la tête de l'Ordre.
La miséricorde de Dominique s'explique enfin, et peut-être surtout, par sa grande proximité et intimité avec la Vierge Marie, Mère de Miséricorde, Secours des pécheurs, - frère Dominique se considérait comme l’un d’eux-, Consolatrice de ceux qui pleurent. Marie a imprimé dans le cœur et la vie de Dominique cette profondeur de miséricorde, à la fois joyeuse et grave, juste et paisible, qui attirait tous les hommes à lui.
Mgr Albert-Marie de Monléon, mai 2011
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1VICAIRE, Saint Dominique, ‘La vie apostolique’, Textes présentés et annotés par M.-H. Vicaire, o.p., Cerf, Paris 1965, p. 46
2Saint Dominique et ses frères, ‘Évangile ou Croisade ?’, Textes du XIIIe siècle présentés et annotés par M.-H. Vicaire, o.p., Cerf, Paris 1967, p. 129.
3Ibid, p. 61.
4Ibid, p. 61
5 Sr. Dominique Racinet, Saint Dominique, le visage d'un cœur, éd. saint-augustin, 2006, p. 55.
6 VICAIRE, op.cit., p. 78
7Ibid, p. 38.
8Ibid, p. 55.
9 Tout l’Ordre de saint Dominique est marqué par la Miséricorde. Chaque frère, à son entrée dans l’Ordre, en réponse à la demande qui lui est faite « frère, que demandez-vous ? » répond : « La Miséricorde de Dieu et la vôtre ».